Enquête Exclusive : Spas et salons de massage à Abidjan, nouvelles vitrines du proxénétisme déguisé

Derrière les vitrines de bien-être, une réalité inquiétante

Jan 28, 2026 - 12:45
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Enquête Exclusive :  Spas et salons de massage à Abidjan, nouvelles vitrines du proxénétisme déguisé

Vu les risques d’insécurité auxquels s’exposent les "géreuses" du business du sexe tarifé à Abidjan, communément appelé « bizi », leur nouvelle trouvaille, ce sont les Spas. Ces lieux, réputés pour la détente et la relaxation, se présentent comme des cadres luxueux et sécurisés où tous types de clients peuvent entrer. Les Spas et salons de massage se multiplient ainsi dans plusieurs quartiers de la capitale économique ivoirienne. Sur les réseaux sociaux, principalement TikTok, jugé encore plus discret, on y voit des filles vanter leurs prestations, qui mettent en avant, à première vue, le c,ôté relaxant et thérapeutique. Mais, derrière ces façades élégantes et ces promesses de bien-être se cache une autre réalité méconnue du grand public. Certains spas ne sont en fait que de véritables vitrines de proxénétisme déguisé. Alors, comment ce phénomène discret se transforme-t-il parfois en prétexte pour des services sexuels tarifés ? Le Perroquet Libéré a mené une enquête sur ce nouveau phénomène, qui combine des témoignages-chocs de clients, les confidences de certaines masseuses et des observations sur le terrain.

Des pratiques tarifées sous silence

« Venez-vous faire masser, on vous met bien dans une bonne ambiance », lance une masseuse anonyme que nous sommes allés rencontrer à Cocody-Angré. À notre arrivée, D. Mohamed, 21 ans, sort tout juste d’une séance de massage. Abordé comme un client curieux, il se confie à nous : « C’est du bon ! Ça me plaît bien. Tu donnes un peu d’argent, puis tu t’en vas, et c’est propre. » Dans le hall d’attente, la gérante vante ses employées : « Voici nos deux meilleures masseuses, vous ne regretterez pas. » Mais, quand on gratte le vernis du bien-être, la réalité est tout autre. Certaines voix, juste à côté du spa, nous soufflent des pratiques inquiétantes. Pour vérifier ces allégations, nous restons calmes, comme pour nous renseigner. Stéphane A., fidèle client, en attente d’être reçu, confie ceci : « Quand tu entres dans la salle, tu t’allonges sur le lit, on te fait porter un masque. On commence le massage… jusqu’au terme. » Yann Cédric, un autre habitué des spas, sans langue de bois, décrit ces lieux comme des « vitrines du proxénétisme ». « Elles touchent des zones sensibles, et ça déclenche des choses que tu n’es pas censée maîtriser… », témoigne-t-il. Pour K. Arnold, rencontré aussi sur place, le constat est clair : « Il y a un business de sexe derrière. Je suis, moi-même, témoin. Tu paies, et tu vis la folie sexuelle », lâche-t-il.

En immersion dans les spas

Pour comprendre l’étendue du phénomène, l’équipe s’est immergée dans plusieurs spas. À Cocody-Riviera, nous contactons une dame sous couvert de clients. « Bonjour madame. Bonjour monsieur. J’appelle pour notre rendez-vous. Venez plutôt dans une heure. D’accord, à tout à l’heure », nous répond-on, le ton cordial mais calculé. F. Junior, habitué de ces lieux, nous sert de guide. « Ma "tata", je l’ai rencontrée sur les réseaux sociaux. Tout est parfait chez elle », confie-t-il. À Cocody-Angré, près de la 7ᵉ tranche, le décor est impeccable : massages relaxants, soins tonifiants, soins du visage et autres dans un cadre paisible et reposant. Mais, derrière ces portes closes, d’autres pratiques émergent. Une employée de ce Spa, qui préfère rester anonyme, se livre à nous : « Si je monte sur toi, après toi aussi, tu peux monter sur moi… selon ça, beaucoup de choses peuvent se passer. » K.R., la gérante, insiste, elle, sur le bien-être : « J’ai choisi ce métier parce que j’aime apporter du bien-être aux personnes. » Pourtant, à l’arrière-boutique, certains services vont bien au-delà de la relaxation. « C’est le lit du bonheur. Une heure de plaisir, de relaxation. D’autres peuvent proposer 100 000 Fcfa ou plus », avoue-t-elle.

Massages "érotiques" : un euphémisme pour la prostitution

Les massages dits « érotiques avec finition » ne sont rien d’autre que des pratiques sexuelles tarifées. « Les filles sont disponibles. Si tu n’as pas le temps, tu prends rendez-vous avec elles », confie la patronne d’un autre Spa, jointe au téléphone. La pression sur les jeunes femmes est constante. Julie K., masseuse témoigne : « La responsable te demande d’accepter si un client le souhaite avoir du sexe avec toi. » Cynthia A., une autre masseuse interrogée, précise : « Il faut correspondre aux critères physiques. Tu dois avoir une poitrine ferme, une silhouette attirante et être prête à offrir d’autres services encore plus chers. » Certaines jeunes femmes résistent à ces pratiques. Miss Rose Y., étudiante, raconte : « C’était trop compliqué pour moi. Et, c’est là qu’une de mes vieilles mères m’a proposé cela. Tu pouvais devenir millionnaire en un instant, mais les abus sexuels m’ont fait dire non. » F. Koné confirme les mêmes tristes réalités : « On vérifie ta poitrine avant de t’employer. La responsable insiste pour dire qu’il faut accepter si un client souhaite coucher avec toi, en augmentant la mise. Et après, on se partage ça. » À Cocody-Angré CNPS, une généreuse de "bizi", en même temps masseuse du nom d’Anne B., révèle via WhatsApp les tarifs : « Le massage érotique est à 100.000 Fcfa. Ce sont des caresses avec finitions manuelles. Te faire jouir par les mains. Le massage nuru, où je suis nue pour te masser, c’est 130.000 Fcfa. Le massage complet à 150.000 Fcfa, avec finition, peut aller jusqu’à la pénétration avec préservatif. »

Une industrie souterraine prospère

À Abidjan, sans se voiler la face, certaines femmes, en quête de stabilité financière, deviennent des proies faciles de ces Spas. Aboubaka Y., chauffeur VTC, confie ceci : « Quand j’ai envie de plaisir, c’est là-bas que je vais. C’est rassurant, contrairement aux annonces de bizi en ligne. » À Cocody Riviera 2, une gérante explique les raisons de la déviation vers le proxénétisme : « Les massages seuls ne suffisent pas à vivre, donc on propose le sexe aussi. » Les publicités des spas sont assez explicites : « Massage sensuel, érotique, nuru, body body, quatre mains, etc. », avec des tarifs précis. À Angré-Château, dans l’un des fiefs du phénomène de "bizi" à Abidjan, S. Bibi, masseuse à domicile, nous envoie un message explicite, après notre appel téléphonique : « Tu veux baiser ou me voir pour te masser ? » À Yopougon, dans le quartier Maroc-Anador, un gérant proxénète refuse toute interview, mais laisse entendre qu’il encourage ces pratiques avec ses masseuses, car c’est ce qui fait marcher son business. Sandra T., 28 ans, à Yopougon, raconte son activité sans détour. Nous avons dû user de ruse, comme un potentiel client, pour obtenir son témoignage. « Massage érotique, 40 minutes. Avec pénétration, une heure et demie. Pour moi, les prix dépendent de tout ce que tu veux. », explique-t-elle. Selon elle, certains clients déboursent jusqu’à 250 000 Fcfa pour des pratiques obscènes de toutes sortes.

Analyses des experts et alertes des acteurs clés

Pour le sociologue Dr Soro Doba, Enseignant-chercheur à l’Université de Man, ces dérives traduisent une crise des normes sociales : « Il faut déconstruire certaines normes et reconstruire autrement. » Johnson Kouamé, Secrétaire général de l’Association ivoirienne des masseurs-kinésithérapeutes de Côte d’Ivoire, déplore l’image ternie de leur profession : « Le massage thérapeutique n’a rien à voir avec ces pratiques immorales. » Les ONG tirent également la sonnette d’alarme. « Il y a une forme de traite de jeunes filles », alertait Dr Camille Anoma, directeur exécutif de l’ONG « Espace Confiance, lors d’une émission télévisée. Au Conseil national des droits de l’homme, Alfred Kouassi Kouadio appelle à la vigilance collective : « Il faut que la population prenne conscience de ce genre de pratique pour les dénoncer. » Les autorités policières, pour leur part, œuvrent pour le respect du cadre légal sous peine de répression et d’arrestation. « Le proxénétisme est puni par la loi. Si on prend quelqu’un dans ce genre de pratique, la personne répondra de ses actes devant nos juridictions compétentes en la matière », rappelle Commissaire Tata Kamagaté, Chef de la Brigade mondaine, à la Préfecture de Police d’Abidjan. Le phénomène persiste et gagne du terrain à Abidjan. Les risques sanitaires sont aussi réels. « Infections génitales, VIH, traumatismes, grossesses indésirées et autres MST frappent à porte de ces jeunes filles. », alerte Dr K. Anselme, médecin gynécologue. Une chose est sûre : tant que le silence persistera, ces jeunes femmes continueront de payer le prix fort, piégées dans l’ombre des prétendus centres de bien-être. La vigilance collective, la réglementation et la sensibilisation sont désormais plus urgentes que jamais.

(La suite de cette enquête dans notre prochaine parution)

              Saint Bénifils

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