3ᵉ Journée scientifique du CERCOM et du LSCAC
Les médias numériques au cœur des débats sur le journalisme politique en Côte d’Ivoire.
À l’occasion de la 3ᵉ Journée scientifique organisée par le Centre d'études et de recherche en Communication (CERCOM) et le Laboratoire des Sciences de la Communication et des Arts Culturels (LSCAC) de l’Université Félix Houphouët-Boigny, chercheurs, enseignants et professionnels des médias se sont penchés sur les défis posés par l’essor des réseaux sociaux dans le journalisme, particulièrement dans un contexte électoral sensible.
La rencontre, tenue Le mercredi 21 janvier dernier dans les locaux du CERCOM (Salle Infothèque), a permis d’explorer le quatrième axe du programme intitulé « Nouveaux médias et reconfiguration du journalisme politique ». Quatre communications ont marqué cette session, dont celle de N’zi Kouakou Ernest, journaliste professionnel et étudiant chercheur au CERCOM. Intitulée « Médias numériques, propagation de discours de peur et de chaos lors de l’élection présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire », sa présentation s’est appuyée sur la théorie des effets limités des médias pour analyser l’influence des plateformes numériques sur l’opinion publique durant le scrutin du 25 octobre 2025, qui a vu la réélection du président Alassane Ouattara dès le premier tour avec 89,77 % des suffrages exprimés. Le communicant a mis en évidence plusieurs mécanismes observés durant la campagne et le jour du vote : « manipulation de l’information, diffusion massive de désinformation, recours à des contenus falsifiés (notamment des deepfakes) et amplification par certains influenceurs de messages contestataires ». Il a cité en exemple les slogans viraux tels que « Non au 4ᵉ mandat » ou « Il n’y aura pas de 4ᵉ mandat », relayés intensément sur les réseaux sociaux et qui, selon lui, ont contribué à détourner l’attention du débat de fond, à instaurer un climat de peur et à alimenter une défiance vis-à-vis du processus électoral et des résultats officiels.
Pour N’zi Kouakou Ernest, ces dynamiques numériques fragilisent le processus démocratique en Côte d’Ivoire. Dans ses recommandations, le chercheur a plaidé pour : le renforcement des mécanismes de régulation adaptés aux acteurs numériques, y compris ceux opérant depuis l’étranger ; le développement accru du fact-checking comme outil prioritaire de lutte contre la désinformation ; et l’intégration systématique de l’éducation aux médias et à l’information dans le système scolaire national. La phase d’échanges qui a suivi a permis d’enrichir le débat. Plusieurs intervenants ont suggéré de compléter l’approche par la prise en compte de la théorie des effets limités des médias. Cette perspective relativise l’influence directe des médias numériques sur les comportements électoraux.
Abdoulaye Koné



