Société/ Quand une opportunité commerciale en ligne se transforme en escroquerie
Internet offre aux commerçants un accès direct à un marché sans frontières, mais il attire également des réseaux criminels rodés. En Côte d’Ivoire, le témoignage de A.B.L., un commerçant spolié de deux millions de francs CFA via un chèque sans provision, met en lumière le mode opératoire bien huilé d'une bande organisée opérant sur les réseaux sociaux. Plongée au cœur d'une arnaque banalisée.
À première vue, l'histoire de A.B.L. ressemble à la réussite classique d'un entrepreneur moderne. Utilisateur régulier des réseaux sociaux pour faire la promotion de son activité et accroître sa visibilité, ce commerçant voit ses efforts porter leurs fruits au fil des commandes. Mais dans l'univers du commerce en ligne, la frontière entre une opportunité en or et un piège redoutable reste extrêmement fine.m
Tout bascule un soir lorsqu'un prétendu partenaire d'affaires le contacte en ligne. Après d'habiles négociations sur les prix et les modalités d'expédition, l'interlocuteur passe une commande conséquente : 2 000 000 de francs CFA. Pour rassurer le vendeur, l'acheteur propose un arrangement apparemment sans risque : un intermédiaire viendra récupérer la marchandise et lui remettra en main propre un chèque de règlement. La transaction se déroule sans accroc apparent.
L'illusion de la bonne affaire s'effondre quelques jours plus tard au guichet de la banque. Au moment d'encaisser le titre de paiement, le couperet tombe : le chèque est sans provision. Lorsqu'il tente de joindre le client et le livreur, les deux numéros de téléphone sont définitivement hors service.
Refusant de subir cette perte en silence, A.B.L. saisit la Plateforme de Lutte Contre la Cybercriminalité (PLCC). L'enquête technique ouverte par les spécialistes de cette unité spécialisée permet rapidement de remonter jusqu'au coursier, un dénommé Y.R.B.
Interpellé puis auditionné, ce dernier tente de se dédouaner en affirmant n'être qu'un simple exécutant. Mandaté par un certain « V », rencontré par l'entremise de son ami « R », Y.R.B. soutient qu'il ignorait l'origine frauduleuse du chèque. Un travail de coursier « naïf » pourtant rémunéré à hauteur de 200 000 francs CFA par course — un montant anormalement élevé qui traduit son implication dans le réseau.
Les investigations révèlent également que la victime n'est pas un cas isolé : plusieurs autres plaintes similaires ont été enregistrées contre la même bande organisée. Déféré devant le parquet, Y.R.B. répond désormais de complicité d’escroquerie en ligne en bande organisée, en vertu de la loi n°2013-451 du 19 juin 2013 relative à la lutte contre la cybercriminalité.
Alors que ses complices « V » et « R » sont toujours activement recherchés par les forces de l'ordre, cette affaire rappelle avec brutalité une règle d'or pour tout commerce digital : la vigilance sur les modes de paiement doit primer sur l'enthousiasme d'une grosse commande.
Allah Tadeni/ Sources : PLCC



