Lutte contre l’érosion côtière/ La solution tant attendue du programme WACA à Grand-Lahou

Le ministre ivoirien de l'Environnement, Abou Bamba, a effectué une visite de terrain à Grand-Lahou pour constater l'avancée des travaux de stabilisation du cordon sableux. Un chantier colossal de 42 milliards Fcfa qui porte ses fruits et redonne espoir à toute une région et ouvrant la voie à un développement touristique et économique durable.

Mar 13, 2026 - 12:07
 0  4
Lutte contre l’érosion côtière/  La solution tant attendue du programme WACA à Grand-Lahou

Le gouvernement ivoirien franchit une étape décisive dans la lutte contre l'érosion côtière. Grâce au programme régional WACA (West Africa Coastal Areas Management), la cité balnéaire de Grand-Lahou, longtemps martyrisée par l'avancée de la mer, retrouve enfin des couleurs. Le jeudi 26 février 2026, le ministre de l'Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, s'est rendu sur place pour une immersion totale. Objectif : s'assurer du bon déroulement du vaste chantier, jauger l'état d'avancement des travaux, rencontrer les populations bénéficiaires et s'imprégner des éventuels défis résiduels. « Nous sommes ici pour constater de visu l'avancement d'un projet capital, non seulement pour le gouvernement, mais surtout pour les populations locales et l'ensemble de la nation », a déclaré d'emblée le ministre, tout soulignant l'importance stratégique de cette visite.

Un mal endémique enfin enrayé

Depuis plus de deux décennies, Grand-Lahou vivait au rythme des assauts de l'océan. Un phénomène d'érosion côtière intense qui a englouti des quartiers entiers, des cimetières et menacé des édifices historiques. De nombreuses études, y compris celles de bureaux d'ingénierie néerlandais, avaient été commanditées sans qu'une solution durable ne soit trouvée. « Aujourd'hui, nous pouvons affirmer avec fierté que la solution a non seulement été trouvée, mais qu'elle est en train d'être mise en œuvre avec succès », s'est félicité Abou Bamba. Les ingénieurs ont procédé à une véritable réorganisation du littoral : fermeture de l'ancienne passe, ouverture et consolidation d'une nouvelle embouchure, construction d'ouvrages de protection en enrochements et en béton, et recours à des techniques modernes de rechargement en sable (engraissement de plage). Comme résultat, ce sont quatorze hectares de terre directement menacés qui ont été sauvés des eaux. Plus largement, l'arrière-pays est désormais protégé contre les infiltrations d'eau de mer dans le fleuve Bandama, un risque majeur pour l'écosystème local. « Nous avons même pu préserver des symboles forts de l'histoire de la ville, comme l'église coloniale et la grotte mariale », a tenu à souligner le ministre.

De la survie à la prospérité : le pari de l'économie bleue

Au-delà de l'exploit technique, c'est tout un avenir économique qui se dessine pour Grand-Lahou. Avec ses 560 kilomètres de côtes, la Côte d'Ivoire dispose d'un potentiel touristique et halieutique encore largement sous-exploité, que le gouvernement entend désormais valoriser. La sécurisation du littoral et l'amélioration des conditions de baignade posent les premières pierres d'un tourisme balnéaire durable. Le ministre a également évoqué le potentiel du tourisme ornithologique, un marché de niche à fort potentiel pour la région. Côté pêche, les opérations de dragage ont déjà un impact concret. La navigation entre les villages riverains est plus fluide, et l'activité halieutique repart de plus belle. « La Côte d'Ivoire est encore trop dépendante des importations de poisson. En modernisant nos infrastructures, nous posons les jalons d'une souveraineté alimentaire renforcée et créons des emplois pour les jeunes », a expliqué Abou Bamba. Le projet s'inscrit ainsi pleinement dans la stratégie nationale de développement de l'économie bleue, avec, à terme, la possibilité d'étudier le potentiel en énergies renouvelables, comme l'éolien en mer. Lancé en 2018, ce chantier titanesque, dont l'investissement s'élève à 42 milliards de francs CFA, touche à sa fin. L'achèvement des travaux est prévu pour avril 2026. Pour le ministre, il s'agit d'« une avancée historique ». La prochaine étape ? Le gouvernement prévoit d'ores et déjà d'exporter ce modèle de résilience sur d'autres zones sensibles du littoral, notamment Port-Bouët, Grand-Bassam et Assinie. 

« Une renaissance pour le peuple Avikam »

Du côté des populations, l'émotion est à son comble. Prenant la parole au nom de la communauté Avikam, Loa Daniel, notable de Lahou-Kpanda, l'ancienne cité coloniale, a retracé le calvaire de sa région. Déjà délocalisée une première fois en 1975 à cause de la migration de l'embouchure, la population voyait, impuissante, les vestiges de son histoire disparaître sous les flots. « Aujourd'hui, c'est un sentiment de joie immense qui nous habite. Le programme WACA a non seulement sauvé nos maisons, mais il a préservé notre mémoire, notamment cette église catholique qui est l'une des plus anciennes de la région », a-t-il témoigné, la voix empreinte d'émotion. Il a salué la vision du chef de l'État, Alassane Ouattara, et a chargé le ministre Abou Bamba de transmettre la gratitude et les bénédictions de tout le peuple Avikam au Président de la République.

Lutte contre l'orpaillage illégal : le gouvernement passe à l'action

Par ailleurs, le ministre de l'Environnement a poursuivi son offensive sur un autre front : celui de la lutte contre l'orpaillage illégal. Le vendredi 27 février 2026, Abou Bamba s'est rendu à Daoukro, dans la région de l'Iffou. Sur le site de Koutoukounou, le tableau est saisissant : un paysage lunaire parsemé d'excavations profondes, des eaux stagnantes transformées en nids à maladies, une végétation anéantie et des sols rendus stériles. « Derrière chaque trou, ce sont des terres agricoles perdues, des nappes phréatiques empoisonnées et des vies exposées au mercure », a déploré le ministre. Cette visite marque le coup d'envoi opérationnel des actions de l'Abidjan Legacy Program dans la région. L'ambition est claire : mobiliser tous les acteurs pour sensibiliser, réprimer et restaurer, afin de protéger les ressources naturelles et garantir un avenir viable aux générations futures.

             Sidibé Adama, Envoyé spécial à Grand-Lahou et Daoukro

like

dislike

love

funny

angry

sad

wow